Même le silence devient mélodie : la dernière œuvre de Steve Swallow à 85 ans
時事21/07/2026

Même le silence devient mélodie : la dernière œuvre de Steve Swallow à 85 ans

Photo: Nomo / CC BY-SA 3.0

L'homme qui a tout donné à la musique, jusqu'à ce qu'il soit sauvé par elle : Steve Swallow "Winter Songs"

Que peut offrir un musicien à la musique ?

Technique, temps, expérience, émotions, souvenirs. Pour une personne qui a consacré la majeure partie de sa longue vie à l'interprétation et à la composition, les réponses sont innombrables.

À l'inverse, que peut rendre la musique à un musicien ?

"Winter Songs", l'œuvre du bassiste de jazz de 85 ans, Steve Swallow, répond calmement à cette question.

Cet album est son premier véritable album en tant que leader depuis "Into The Woodwork" en 2013, soit 13 ans. Il contient neuf morceaux, tous intitulés par des chiffres de "One" à "Nine". Aucun mot n'explique les événements ou les émotions, et aucune histoire concrète n'est donnée à chaque morceau.

Cependant, cela ne signifie pas qu'il n'y a rien à dire.

Au contraire, en l'absence de mots, le son lui-même commence à raconter beaucoup. Les fluctuations de la mélodie, la distance entre les instruments, les interruptions des phrases, l'espace qui reste après que le son s'est éteint. Chacun de ces éléments transmet la sensation du temps vécu avec une perte.

"Winter Songs" n'est pas une œuvre qui confesse la tristesse.

C'est une œuvre pour respirer à nouveau avec la tristesse.


Pour combler une journée trop longue

Derrière cet album se cache une perte immense pour Swallow.

La compositrice et pianiste Carla Bley était une alliée musicale de longue date et aussi sa compagne de vie. Swallow a participé à de nombreuses œuvres d'elle, soutenant son univers de composition original. Ensemble, ils ont élargi les frontières du jazz et ont construit une relation de profonde compréhension musicale.

Après avoir perdu Bley, le quotidien de Swallow a radicalement changé.

Le temps autrefois rempli de conversations et de collaborations a laissé place à de longs vides. Comment passer la journée et sur quoi s'appuyer pour avancer vers le lendemain ? C'est alors que Swallow a commencé à écrire de nouvelles chansons.

Il a déclaré à propos de cet album qu'il avait besoin de faire quelque chose pour combler une longue journée, et que la musique était venue à lui pour le soutenir.

Dans sa vie antérieure, il avait continuellement donné ce qu'il avait à la musique. Mais dans le processus de création de "Winter Songs", cette relation s'est inversée. Cette fois, c'est la musique qui lui a donné ce dont il avait besoin.

Et il a exprimé que la musique était aussi fondamentale que l'air que l'on respire.

Ces mots ne sont pas simplement une belle métaphore.

C'est le sentiment d'une personne qui a vécu avec la musique pendant plus d'un demi-siècle et qui a atteint ce constat après avoir vécu une grande perte. La musique n'est pas un métier, ni un produit pour obtenir des éloges, mais un environnement nécessaire pour vivre.

Le calme qui imprègne "Winter Songs" n'est pas celui de la résignation.

C'est la respiration apaisée de quelqu'un qui a réalisé qu'il existe encore quelque chose pour le soutenir.


Les compagnons réunis pour un album en tant que leader après 13 ans

L'album a été enregistré en septembre 2024 au Sear Sound à New York.

Les membres incluent le trompettiste Mike Rodriguez, le saxophoniste ténor Chris Cheek, le guitariste Steve Cardenas, le pianiste Gil Goldstein, le batteur Adam Nussbaum, et Steve Swallow à la basse électrique et à la composition de tous les morceaux.

Ce qui est important ici, ce n'est pas simplement d'avoir rassemblé d'excellents musiciens, mais d'avoir réuni des compagnons de confiance qui ont longtemps été liés à Swallow et Carla Bley.

Swallow lui-même explique que cet enregistrement est né d'une communauté spontanée.

Ce ne sont pas seulement les musiciens. L'ingénieur, l'accordeur de piano, la personne qui a apporté les repas, le réceptionniste de l'hôtel. De nombreuses personnes qui n'ont pas laissé de son direct dans l'enregistrement ont également soutenu l'œuvre.

Ce sentiment se reflète également dans l'interprétation de l'album.

Personne ne sort en avant pour dominer l'ensemble. Chaque musicien a un rôle différent, offre le son nécessaire au moment opportun, et se retire discrètement une fois son rôle terminé.

La trompette de Rodriguez et le saxophone de Cheek enrichissent la mélodie sans la pousser avec une chaleur excessive. La guitare de Cardenas et le piano de Goldstein ne superposent pas les accords de manière épaisse, mais laissent un espace où leurs sons peuvent résonner.

La batterie de Nussbaum ne se contente pas de faire avancer l'interprétation avec un rythme fort. Elle ajuste le temps pour que l'ensemble de la musique puisse s'étendre et se contracter naturellement sans trop fixer le tempo.

Et même Swallow, qui est au centre, ne se vante pas d'être le leader.

Sa basse est la base qui soutient tout le monde, mais parfois elle joue la mélodie et commence à dialoguer au même niveau que les autres instruments. Lorsqu'il est nécessaire de montrer la direction, il se met en avant, mais lorsque ses compagnons commencent à parler, il cède la place pour que leurs mots puissent être entendus.

Un bon leader n'est pas toujours celui qui produit le son le plus fort.

C'est celui qui crée un environnement où chacun peut parler avec sa propre voix.


Transformer la basse électrique en un "instrument chantant"

Steve Swallow est l'un des musiciens qui a considérablement changé le rôle de la basse électrique dans le jazz contemporain.

Au début des années 1960, il a joué avec Jimmy Giuffre et Paul Bley, participant à un jazz avant-gardiste pour l'époque, où le calme et le dialogue libre coexistaient.

Initialement, il jouait de la contrebasse, mais il est passé à la basse électrique à travers son travail avec Gary Burton. Par la suite, il a collaboré avec Carla Bley, Paul Motian, John Scofield, et a élargi le langage du jazz.

La caractéristique de Swallow est de ne pas traiter la basse électrique comme un simple instrument de basse.

En général, la basse a pour rôle de soutenir le rythme et l'harmonie par le bas. Mais le son de Swallow ne se limite pas à la tessiture basse. Avec un timbre doux et arrondi, il se déplace jusqu'aux registres élevés, et parfois chante la mélodie comme une guitare ou un instrument à vent.

Cependant, il ne se met pas en avant pour montrer sa technique.

Peu importe la liberté avec laquelle il se déplace, il ne perd jamais de vue la structure globale du morceau. Il ne se contente pas de savoir comment son propre son est perçu, mais comprend comment l'ensemble de l'ensemble change avec l'ajout de ce son.

Swallow a appris de Jimmy Giuffre qu'écrire des mélodies attrayantes ou des accords appropriés ne suffit pas pour composer, et qu'il est nécessaire d'ouvrir un "champ de possibilités" pour l'improvisateur.

Les neuf morceaux de "Winter Songs" perpétuent également cette pensée.

Les morceaux ne sont pas des plans qui lient les interprètes. D'un autre côté, ce ne sont pas non plus des pages blanches où tout est permis.

Ils sont des cartes qui indiquent doucement la direction à suivre, tout en laissant plusieurs chemins que les musiciens peuvent découvrir par eux-mêmes.


Des titres de morceaux sans mots, de "One" à "Nine"

Le fait que les neuf morceaux soient intitulés uniquement par des chiffres est une caractéristique majeure de cet album.

En général, un titre de morceau donne une entrée narrative à l'auditeur. Avec des mots comme "neige", "séparation", "nuit", "souvenir", on essaiera de comprendre la musique en fonction de leur signification.

Mais "Winter Songs" évite ces explications.

Swallow aurait envisagé la possibilité que des titres en mots détournent l'attention de la musique elle-même. Ayant une expérience de mise en musique des poèmes de Robert Creeley, il connaît bien le pouvoir de séduction et d'orientation des mots.

C'est pourquoi il n'a laissé que des chiffres cette fois.

"One" commence comme un blues doux qui ouvre la porte de l'album. Le piano et la guitare créent tranquillement un paysage, et la basse indique les contours de la mélodie. Même lorsque les cuivres se joignent, l'émotion ne s'intensifie pas brusquement.

Dans "Two", le piano et la basse créent une sensation de valse légère, et le saxophone ténor se déplace doucement au-dessus. Il y a une intimité qui rappelle les trios de piano du passé, sans tomber dans la nostalgie.

"Three" est un morceau qui se regarde comme un tableau. La mélodie ne se dirige pas vers une conclusion claire, mais apparaît plusieurs fois en changeant de forme. Le piano et la guitare ne s'emparent pas du territoire de l'autre, mais dessinent le même paysage sous des angles différents.

Dans "Four", le même son change de signification à plusieurs reprises dans des accords différents. Derrière une apparente familiarité, une légère inquiétude et une mélancolie subsistent.

Dans "Six", le groupe swingue avec force. Cependant, il ne monte pas en intensité pour submerger l'auditeur. Les cuivres, tout en ayant une chaleur suffisante, ne déséquilibrent pas l'ensemble de l'interprétation.

Dans la seconde moitié, "Seven" voit les lignes de la guitare, du piano et de la basse se rapprocher et s'éloigner tout en dialoguant. "Eight" résonne comme si elle cachait une inquiétude ou une tension sous une surface calme.

Et enfin, "Nine" est une ballade proche du murmure.

Le son de la trompette ne déclare pas de conclusion, mais se fond lentement dans les accords de la guitare et du piano. Ce n'est pas tant que l'histoire se termine, mais que la musique s'éloigne doucement hors de vue.


Les morceaux apparaissent et disparaissent

Plusieurs critiques ont souligné que les morceaux de cet album semblent apparaître soudainement et disparaître sans être pleinement expliqués.

Un motif court est répété, semblant se développer en une grande chanson. Mais juste avant d'atteindre une forme complète, il se déplace ailleurs.

Cette structure ressemble au fonctionnement de la mémoire.

Lorsque nous nous souvenons d'événements passés, ils ne se rejouent pas toujours comme une histoire bien ordonnée du début à la fin. Une courte conversation, la lumière d'une pièce, l'expression de quelqu'un, un son familier. Seuls des fragments apparaissent soudainement, restent un moment dans notre esprit, puis s'éloignent à nouveau.

La tristesse est la même.

Elle ne disparaît pas après avoir pleuré une fois. Elle ne s'efface pas après un jour de dépassement. Elle apparaît soudainement dans la vie quotidienne, change de forme, et s'estompe sans qu'on s'en rende compte.##HTML_TAG

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